Témoignages

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En 1998, à l’âge de 25 ans, François-Yves Jolibois a créé « JADE, Accès Difficile ». Sportif et entrepreneur dans l’âme, il a su allier sa passion (l’escalade) et le travail (travaux du bâtiment). Son parcours est étonnant. Son discours est carré. L’homme est avant tout un animateur d’équipe, soucieux de la performance collective et de la réussite individuelle. Son métier : la du risque.

Sa vie : rester un passionné. Pour lui : travail, sécurité et qualité ont un sens commun. Rencontre avec un homme qui va de l’avant… et prend de la hauteur !

1/ Vous avez créé une entreprise spécialisée dans les travaux d’accès difficile. Pourquoi avoir créé une entreprise ?

FYJ: Depuis tout petit, j’ai toujours voulu faire les choses, plutôt qu’en parler… Je préfère mettre en place et animer. Alors, la création d’entreprise est venue tout naturellement. Au départ, je pensais créer un Centre de Loisirs. A l’arrivée, j’ai créé une entreprise du bâtiment. Depuis que je suis tout petit, j’ai une passion sportive : l’alpinisme. De ma passion, j’en ai fait un métier.

2/ Votre positionnement, sur les travaux d’accès difficile, n’est pas né du hasard…

FYJ: C’est une suite d’opportunités. J’ai d’abord eu, un jour, une demande de conseil pour réaliser un parcours d’accrobranche. Je suis alors dans le monde du sport et du loisir. Je me suis retrouvé à former les encadrants à la pose de système de sécurité pour se déplacer dans les arbres. Puis, j’ai travaillé dans la formation à la pose de système de sécurité.

Tout naturellement, j’ai travaillé, ensuite, à la formation aux travaux en hauteur. De là, j’ai suivi des formations aux métiers du bâtiment. Et « JADE, accès difficile » est née. C’est la demande qui a fait naître l’entreprise. Sans aucun commercial. Avec le bouche à oreille.

yves

3/ Pour vendre, il faut un argument. Quel est le vôtre ?

FYJ: L’argument est dans le nom. Jade est le nom d’une pierre précieuse. Car l’important, c’est la qualité du travail. Dans notre métier, les gens ne retiennent pas les moyens d’accès. La base pour réussir, c’est la qualité du travail réalisé. Et cette qualité diminuera, à terme, les risques et les coûts, car il faudra intervenir moins souvent…

4/ Votre vie, c’est donc le risque ?

FYJ: Pas du tout… C’est la maîtrise du risque. On n’est pas là pour se mettre en danger ! On est là pour faire un travail de qualité. Et pour cela, il faut des postes de travail adaptés à l’homme. La sécurité va avec. On a l’image du cordiste avec ses protections individuelles. On sait aussi mettre en place des protections collectives, avec, par exemple, les nacelles ou les échafaudages. Il faut penser conditions de travail. Et cela passe par la conception du poste de travail. C’est comme cela pour la pose ou l’utilisation d’un système de sécurité. Le personnel l’utilise si cela ne le gêne pas et s’il se sent en confiance. Tout cela concourt à la qualité du travail fait.

Un système de sécurité bien pensé fait gagner du temps et de la qualité. Donc de l’argent. Nous faisons également de la veille règlementaire et technologique. Et nous veillons aux procédures de certification. Il faut aussi penser à la formation du personnel. Ou du client, qui utilise un système de sécurité que nous posons. Cette formation est essentielle. Dans notre entreprise, elle représente une charge très importante. En fait, c’est un investissement. Nous posons des systèmes de sécurité chez des clients pour leurs travaux de maintenance et d’entretien. Il faut être capable de les former à la bonne utilisation de ces systèmes. Sinon, tout cela devient dangereux… En outre, les clients nous apportent énormément. On apprend à leur contact, notamment dans le secteur industriel. La maîtrise du risque fait partie de la culture de l’entreprise. Et la culture de l’entreprise passe par la formation. Raison de plus pour investir dans la formation.

5/ Quel est votre principal conseil en matière de sécurité et de santé au travail ?

FYJ: Il faut investir dans le matériel et la formation. Le matériel seul, c’est insuffisant. La formation seule, ce n’est pas mieux. C’est l’addition matériel et formation qui est gagnante. Et faire confiance aux capacités des gens.

6/ L’évaluation du risque a-t-elle un sens particulier dans votre activité ?

FYJ: Avant chaque intervention, nous faisons un Plan de Prévention. Dans notre langage, c’est le PDP. Tous les risques sont passés au scanner : situations, produits, matériels, etc. Notre question est : quel va être le meilleur poste de travail ? Et l’on va choisir : protection collective et/ou individuelle…

Nous devons toujours analyser le poste de travail pour trouver la meilleure disposition pour travailler. Et mettre à disposition équipement et formation. L’un va avec l’autre. Enfin, personnellement, je fais confiance à l’intelligence situationnelle. Celle-ci repose sur l’autonomie, qui s’acquiert avec la conjugaison de la formation et de l’expérience.

yves

7/ Et le stress ? Quelle est l’ambiance dans votre entreprise ?

FYJ: On n’a pas trop de soucis avec le risque psychosocial. Je pense que mon médecin du travail peut le confirmer. J’échange avec lui quand il vient actualiser sa fiche d’entreprise. Il faut dire que nous avons une population jeune et un métier intéressant, par l’activité et le type de sites où nous intervenons. Par exemple, le Château de Versailles… Ou bien, des parcs d’attractions ! L’activité est très variée. Et je mise sur l’autonomie. L’autonomie, c’est très important par rapport au stress. On n’est pas là pour mettre la pression. Et tout cela passe par la formation du personnel. C’est aussi un état d’esprit. L’entreprise est plus proche du Club Sportif que de la multinationale. Et elle échappe à la pression des actionnaires, car c’est une entreprise familiale. Venant du monde sportif, je sais que l’on n’est performant que si on se sent bien. Et alors, la qualité est là, au rendez-vous.

8/ Et la Santé au Travail ? Est-ce que cela compte pour votre entreprise ?

FYJ: Evidemment. La sécurité et la santé sont extrêmement importantes dans notre activité. Investir sur la sécurité et la santé ne fait pas perdre de l’argent. Cela en fait gagner. Quelqu’un en bonne santé est d’une part plus productif, d’autre part plus présent. C’est simple et efficace. Et cela évite le turn-over. Avec la CARSAT 1 j’ai obtenu une réduction du taux de cotisation AT-MP au regard de tout ce nous avons entrepris pour la sécurité et la prévention. Nous avons notre Service de Santé au Travail. Aujourd’hui, une entreprise a tout ce qu’il faut pour aller vers « toujours plus de santé et de sécurité ».

Il y a aussi les procédures d’accréditation et de certification (MASE, Démarche de progrès de l’OPPBTP2). Toutes ces préoccupations rejoignent un objectif commun : la qualité. Celle-ci permet de gagner du temps et de l’argent. Pour cela, il faut savoir raisonner à moyen et long terme. Et non pas, comme trop souvent aujourd’hui, à court terme. Mais il faut aller plus loin. Il faut raisonner hygiène et environnement. Par exemple, mon parc de véhicule a augmenté avec la croissance de l’entreprise.

Par équipe, la consommation de gasoil a diminué. Car nous avons investi sur des véhicules avec régulateur de vitesse. Et les conducteurs ont adapté leurs comportements au volant. Tout cela constitue un ensemble.

9/ Quelle est votre plus grand risque au travail ?

yves

FYJ: Le plus grand risque, c’est la route. Notre personnel est jeune… C’est une préoccupation permanente.

10/ Quel est votre bonheur en arrivant au travail ?

FYJ: La satisfaction de mes gars, quand je les vois contents d’avoir réalisé un bon chantier. Quand je les vois tous ensemble, commerciaux ou hommes de chantier, autour d’un café, se raconter des histoires… de chantier. Avec tant de plaisir !

1 Caisse d’Assurance Retraite et de Santé au Travail
2 Organisme Professionnel de Prévention du Bâtiment et des Travaux Publics.

BIOGRAPHIE

François-Yves Jolibois est né à Colombes et a grandi à Lille. Le bac en poche, il migre à Caen, ville où se trouve la seule faculté de sport qui permet l’option escalade. Il se forme à la gestion des associations, car il pense créer un Centre de Loisirs. Il passe les diplômes d’encadrant de différents sports (escalade, ski, kayak,…). Après différents emplois, il se forme aux métiers du bâtiment, avec notamment un stage de maçon chez les Compagnons du Devoir.

1998
- Création de Jade Travaux d’accès difficile 30 salariés permanents en 2011
- Lauréat de Nord Entreprendre
- Lauréat AG2R-ESC Lille
- Lauréat Elf-EDHEC 2003
- Création de Ancravie Système de sécurité avec brevet européen

2006
- Création de A3S Formation aux techniques et travaux en hauteur

2009
- Création d’une agence à Marseille (Formation)
- Création d’une agence à Grenoble (Travaux)

Exemples d’intervention :

CHÂTEAU DE VERSAILLES, BASILIQUE DE SAINT QUENTIN, BASILIQUE DE BOULOGNE, EGLISE DU SACRÉ COEUR à Lille, TOUR EDF à Lille, PYLONE TDF à Bergerac (300 m.), DASSAULT, SNECMA

(Publié dans le N°14 : L'obligation de reclassement) le 15/07/2011