Témoignages
Organisation du travail
Repenser l’organisation d’une lingerie pour plus de fluidité
Action Santé Travail (AST) a été sollicité pour repenser l’aménagement de la lingerie de l’Ehpad Saint-Camille (Verquin) afin de faciliter le travail de la salariée en place. À l’aide de la méthode du Safari-Photo, un compromis a été trouvé pour retrouver fluidité et fonctionnalité sans engager de grosses dépenses. À la clé, un travail simplifié et plus ergonomique.
« Le point de crispation se situe au moment du départ à la retraite d’une des deux lingères, qui n’a pas été remplacée. Celle restée en place s’est retrouvée en difficulté avec le même volume de linge à traiter », se souvient Inès Rolain, directrice de l’Ehpad Saint-Camille. Pour éviter une dégradation des conditions de travail, la direction sollicite l’accompagnement d’AST. « Au départ, l’établissement nous a contactés en évoquant un problème matériel à régler - machines insuffisantes notamment - et peut-être un
aménagement à revoir », se rappelle le Dr Joséphine Huret, médecin du travail. Mais les observations sur le terrain menées par Maïté Dessaint, ergonome, et Charlotte Atzori, infirmière en santé au travail du service, ont permis de voir que l’achat d’une machine à laver supplémentaire n’allait pas régler le problème : « Au-delà de la question des machines, il y avait la question de la gestion du flux de linge à régler. », assure l’ergonome.
AST propose alors le Safari-Photo, une démarche participative inspirée de l’Agence Nationale d'Amélioration des Conditions de Travail (ANACT). Lingère, soignants, direction, maintenance photographient chacun de leur côté les contraintes et ressources de leur activité et ces images servent de support à des échanges où chacun peut exprimer son ressenti, hors hiérarchie. Une fois cette étape franchie, le diagnostic partagé fait émerger quatre axes : il faut s’attaquer au traitement du linge souillé, au circuit du linge sale, à celui du linge propre et à la gestion du linge plat avec le prestataire.
Une vision collective
« Cette mise en commun a permis de dépasser les visions individuelles, se félicite Barbara Urbaniak, responsable de la lingerie. Certaines solutions initialement envisagées, comme l’achat d’un nouvel équipement, ont été réévaluées ». Le plan d’action a privilégié des ajustements concrets : simplification du tri, séparation du linge éponge, amélioration du traitement du linge souillé, adaptation des pratiques des soignants, petits investissements ciblés, meilleure utilisation des machines existantes. Au-delà des aspects techniques, cette démarche a amélioré le dialogue professionnel. Les équipes comprennent mieux les contraintes des autres métiers, ce qui fluidifie les échanges et renforce la coopération. La lingère a également retrouvé du sens à son travail grâce à la création d’un atelier inspiré de l’approche Montessori, permettant aux résidents de participer à ses côtés à des activités de couture.Cette intervention montre qu’une réorganisation contrainte ne conduit pas forcément à une dégradation des conditions de travail. Avec une analyse fine de l’activité et l’implication des professionnels, il est possible de transformer une difficulté en opportunité de prévention et de coopération durable. L’Ehpad envisage désormais d’étendre la méthode à d’autres services.
De gauche à droite :
Maïté Dessaint, ergonome, Joséphine Huret, médecin du travail, Charlotte Atzori, infirmière en santé au travail.
(Publié dans le N°72 : Des brancards repensés pour soulager les soignants) le 05/06/2026
